Ajaccio - Juillet 2004
(récit à 4 palmes avec les commentaires du fruit exotique)
Contexte...
Corse-Lanta : l'événement pongée de l'été
2004, ou un groupe de 7 Bulles-de-rêveurs partis tremper leurs palmes
du côté des îles Sanguinaires… Survivront-ils? La suite
indique que… tout juste !!! La prod. a glissé parmi eux un élément
saboteur…
Avant-propos - quart d'heure littéraire…
Arrivés en Corse il y a moins de 2 heures, on a récupéré
les bagages, les clés des apparts, et défait nos sacs… avec
une technique à breveter pour miss BDR, recordwoman mondiale du vidé
de sac chronométré… ;-) [Mangue : avec un rangement je tasse,
je pousse, je tasse .... oufff ça rentre !!!]
23h45, on se pose enfin sous les draps, et j'attaque mon bouquin des vacances : Le bal des cagoles de Philippe Carrèse… un must de la littérature marseillaise en prévision d'un prochain week-end BDR. Mais d'abord, c'est quoi une "cagole" ???
La première page du bouquin répond à ma question. Extrait
:
Cagole : Spécialité marseillaise. Gamine voyante et délurée,
capable de parler gras tout en mâchant du chewing-gum et de garder l'équilibre
tout en marchant sur des chaussures à semelles de trente centimètres
d'épaisseur (aussi appelées "pilotis").
23h46, notre bulleuse Mangue déboule dans la chambre pour nous faire le défilé de ses super tongues à semelles compensées "qui me font gagner des centimètres" (sic). Evidemment, avec un pareil sens de l'à propos, le fuit exotique est illico presto rebaptisé la cagole pour le reste du séjour… (avé l'assent).
Trois jours plus tard…
Sympathique plongée le matin, qui rassure suffisamment les encadrants
du club pour nous laisser partir en autonomes l'après-midi. Palanquées
Jérome-Stirwen, Corabulles-Manta-Passion et Mangue-Pastenague tandis
que Petite Bulle part encadrée dans le cadre de sa formation N1.
Le site...
Une série d'éboulis et d'amas rocheux autour d'une balise bien
repérable. Discussion animée des bulleurs pour savoir si on se
regroupe en palanquée de 6 ou si on plonge en 3 palanquées indépendantes.
La seconde option est retenue, au désespoir de la pastenague qui n'est
pas fan d'orientation...
- "T'inquiètes pas" lui répond sa binôme fruitée. "J'ai ma boussole !!!" [Mangue : et de plus avec mes doubles diplomes (padi/cmass) "je suis une pro sous l'eau"...]
[OK, dans ce cas on va se laisser guider…] Et ainsi débute la plongée des cagoles !!!
Démarrage…
L'aventure commence par une mise à l'eau expérimentale, dite "de
l'otarie des Galapagos" par la pastenague, même si Manta-Passion
précise que d'un point de vue scientifique, on devrait parler de technique
"du lion de mer des Galapagos" (eu égard à la faune
de ce ravissant archipel et à la présence d'oreilles externes
chez le lion de mer qui n'existent pas chez l'otarie… enfin, en gros c'est
un truc comme ça !).
Le principe est simple, on a besoin d'un zodiac, on s'équipe, et on se laisse glisser dans l'eau sur le ventre et la tête la première le long du boudin du zodiac. Très important, couler le long du boudin. La technique en est encore au stade de développement expérimental, donc on recherche encore un moyen de combiner le maintien du masque et du détendeur en bouche avec le souci de réalisme qui devrait nous voir crier onk-onk en battant des bras avant de se lâcher… En tous cas, le résultat est très marrant pour le plongeur comme pour ceux restés en surface si j'en juge par les yeux écarquillés et hilares de notre capitaine Eric qui m'a confirmé qu'il allait tester la technique dès que possible avec ses élèves. Cet intérêt de l'œil averti d'un professionnel me fait d'ailleurs penser que je devrais peut-être songer à déposer un brevet…
Plongée toute relax…
Une fois mises à l'eau, la pastenague et le fruit exotique commencent
à fouiner gentiment dans les amas de roches et d'éboulis, en toute
honnêteté sans se préoccuper un seul instant de l'orientation
pour la raie, qui fait pour cela confiance à sa binôme et à
son compas magique. Au bout d'une bonne demi-heure à observer nudibranches,
petites rascasses et autres bébètes que je serais bien incapable
de citer, nous arrivons à mi-bouteille et commençons à
nous préoccuper de retrouver le chemin du retour. J'explique rapidement
à ma binôme qu'en ce qui me concerne, je n'ai aucune idée
de l'endroit où se trouve le bateau. Mangue me fait alors signe de ne
pas m'inquiéter, et dégaine son compas magique pour retrouver
le cap.
- "Par là" annonce-t-elle, à peu près à l'opposé de la direction que j'aurais pointée intuitivement. Mais bon, n'ayant aucune certitude, je la suis.
Effectivement, on retrouve une palanquée de N1 encadrés par un moniteur un peu plus loin. Dans ces cas là, la technique Pastenague est de continuer à fouiner dans les rochers, et de suivre l'autre palanquée à bonne distance, l'air de rien, histoire de retrouver le bateau. Technique non homologuée par les puristes, mais efficace et qui a fait ses preuves. Sauf que le fruit exotique veut continuer sur son cap, et m'indique clairement qu'on continue…
Retour au mouillage (que l'on croit…)
Je la suis donc, un peu dubitative quand au bout d'une centaine de mètres,
je vois le fonds s'éloigner… suggérant qu'on n'est pas franchement
en train de se rapprocher de la balise !!! Après 45 min de plongée,
il nous resterait bien une trentaine de bars pour rechercher le bateau avant
de remonter, mais on nous a demandé de rester 50 min au fond, et j'ai
le pressentiment qu'on n'est pas franchement à proximité du bateau…
Je propose donc à mon fruit exotique préféré de
sortir le parachute et de remonter tranquillement, pour rejoindre le bateau
en surface.
Signe OK en retour. Action-Réaction.
On n'est pas loin, mais parachute pour plus de sécurité...
Je commence alors à rechercher mon parachute dans ma poche de stab. Me
voyant me battre avec la fermeture éclair de la stab, la miss vient m'aider
(du moins c'est ce que je crois alors) et me tend le parachute. Je l'ouvre,
et déroule alors le parachute… qui s'avère pendu à
une bobine de fil emmêlée comme si un chat avait passé l'après-midi
précédente à jouer avec ! [Mangue : pas loin du plat de
spaghetti de la belle et le clochard : ne pas chercher de ressemblances avec
les personnages existants].
Devant mes yeux écarquillés d'incrédulité, je vois les yeux du fruit exotique se plisser dans son masque, l'eau entrer dedans et nous voilà toutes deux prises d'un fou rire pas possible et mémorable à 8m de profondeur. On passe les 5 minutes suivantes à se gondoler au fonds, boire la tasse et vider nos masques pendant que Mangue tricote avec la ficelle du parachute et essaie de le démêler (il parait qu'elle est douée pour les jeux d'aiguille la miss…). De mon côté, je rigole, tout en me disant qu'entre son sens de l'orientation et mon sens du pliage de parachute, on fait vraiment équipée sauvage !!!
La sortie des cagoles…
Une fois dégagés 3-4 mètres de ficelle, ponctués
ici et là de nœuds monstrueux, on gonfle enfin le parachute, faisons
notre pallier de sécurité (toujours en rigolant), et sortons de
l'eau… à 300 ou 400 mètres du bateau !!!
D'où re-fou rire lorsqu'on découvre l'étendue de notre désorientation. Et le fou rire tourne quasiment à l'asphyxie lorsque j'apprends que ce sac de nœuds n'était finalement pas mon parachute, mais celui du fruit exotique… bref, je me découvre victime de cette plongeuse cagole dans cette aventure !!! L'honneur est sauf… Enfin, le mien évidemment… ;-)
Après une tentative de capelé pour retourner au mouillage – avortée en raison de ce fou rire persistant – le bateau viendra finalement nous chercher sous les quolibets et ricanements désobligeants des autres bulleurs qui évidemment ont retrouvé le mouillage. Sauf que ce qu'ils ne savent pas ces moqueurs, c'est qu'ils ont tout loupé de la "plongée des cagoles". Ils ignorent ce que c'est que d'avoir une binôme tellement complice qu'il suffit d'un plissement d'œil pour déclencher un fou rire, et de remonter d'une plongée hallucinante en se disant qu'on repartirait avec cette furieuse du compas dès demain, car c'était au final une de mes plus belles expériences de complicité subaquatique !!!
Bisous au fruit.
Petit mot du fruit : Toutes les autres plongées raie/fruit ont été des moments de pur régal, et même si vous avez/aurez l'occasion de plonger avec l'une d'elle, vous serez toujours loin d'imaginer avec quelle complicité et bonheur ce binôme fonctionne quand il est immergé dans la magie méditerranéenne se laissant guider uniquement par le plaisir, et là vous réaliserez l'inutilité d'une boussole....
Pastenague